Sélectionner un partenaire chinois dans la construction

Ce mois-ci, nous souhaitons aborder quelques facteurs clés à prendre en compte lorsque l’on choisit un partenaire chinois dans le domaine de la construction. Nous espérons que ces conseils vous permettront de mieux comprendre l’environnement commercial complexe de la Chine et de mieux vous y repérer.

Les compagnies chinoises de construction, qui correspondent généralement au modèle IAGC (Ingénierie, Approvisionnement et Gestion de Construction), ont acquis une grande réputation en prenant en charge certains des plus grands projets de construction au monde. La Chine se réclame de plus de la moitié des 10 plus grands immeubles au monde et, selon Construction, Building & Engineering News, plus de 60 % des projets majeurs de construction en Afrique sont maintenant pris en charge par des entreprises chinoises. Un regard rapide aux informations du ministère chinois du Commerce (MOFCOM) montre que plus de 3 000 entreprises chinoises sont autorisées à mener des projets internationaux. Comment, alors, identifier un partenaire IAGC convenable ?

  1. L’IAGC peut-il mener des projets à l’international ? Le MOFCOM possède une liste des compagnies autorisées à mener des projets à l’international. Outre l’autorisation, certaines entreprises n’ont aucun intérêt à s’aventurer à l’étranger, étant donné l’importance du marché intérieur.
  2. Quelle la source de financement pour le projet ? La source et le type de financement sont des facteurs décisifs pour le choix d’une entreprise chinoise IAGC comme partenaire. Ils conditionnent en effet directement le modèle de coopération, que ce soit des projets clés en main, des modèles « construction-exploitation-transfert » (BOT) ou des partenariats public-privé (PPP).
  3. • Si le projet est déjà financé, alors la plupart des entreprises seront capables de le prendre en charge. Cependant, si le projet nécessite d’être financé, alors se pose la question de comment l’IAGC recouvrera son financement :

    (1) Le projet a-t-il une garantie souveraine ?

    (2) Une institution financière internationale peut-elle garantir le projet ?

    (3) Une institution financière locale peut-elle garantir le projet ?

    • Si l’une des conditions ci-dessus est remplie, alors le champ des partenaires possible reste relativement ouvert.

    • En revanche, si le projet ne peut pas offrir l’une de ces garanties, alors il doit monter un dossier commercial :

    (1) Le projet a-t-il fait l’objet d’une étude de faisabilité par une institution réputée ?

    Les IAGC considèreront plus facilement des projets qui ne dépendent pas uniquement du marché, par exemple des projets d’énergie qui peuvent être soutenus par un accord d’achat d’énergie ultérieur.

    (2) Le projet nécessite-t-il que l’IAGC mène une étude de faisabilité ? Cela réduira considérablement les types d’entreprises intéressées par le projet.

  4. Quelle est la structure de l’IAGC ? Pour certains projets, il est préférable de choisir des entreprises d’État plutôt que des entreprises privées. Au sein des entreprises d’État, certains projets correspondent plus à des compagnies liées au gouvernement central (par exemple celles basées sur des accords de gouvernement à gouvernement ou celles qui nécessitent un financement des banques publiques chinoises comme la Banque chinoise d’Import-Export ou la Banque de Développement de Chine).
  5. Quels sont les besoins techniques du projet ? Pour la plupart des projets, les entreprises chinoises IAGC sont capables d’être les principaux entrepreneurs, tout en sous-traitant certaines sections spécifiques. Cependant, seules quelques entreprises sont autorisées à mener des projets qui nécessitent une expertise très spécifique comme la construction d’une piste d’aéroport ou d’installations nucléaires, surtout s’il s’agit d’entreprises publiques, car elles ont des conditions de licences spécifiques.
  6. Où est le projet ? Certaines entreprises IAGC ne sont pas autorisées à aller dans certaines régions géographiques en raison de régulations du gouvernement chinois, de politiques internes à la compagnie destinées à empêcher une compétition intra-groupe, ou simplement car l’IAGC n’a pas d’intérêt à mener des projets dans certaines régions. Les politiques pour réduire la compétition intra-groupe doivent notamment être prises en compte dans les plus grandes entreprises IAGC comme China Communications Construction, Sinohydro ou China Railway Construction.
  7. Doit-on faire un appel d’offre ? Certains projets nécessitent un appel d’offre international, mais certaines IAGC refusent de répondre à des appels d’offre. Les raisons peuvent être diverses : profits moindres à cause d’une compétition accrue, chances moindres d’obtenir le projet, investissement trop important pour répondre à l’appel d’offre etc.
  8. Alors que les entreprises IAGC chinoises poursuivent leur expansion sur le continent, il est crucial que leurs partenaires africains comprennent bien comment elles opèrent, afin d’identifier les partenaires convenables.

    Cet article est apparu dans la magazine Chinafrique disponible ici Sélectionner un partenaire chinois dans la construction

Le secteur minier chinois, une opportunité pour l’Afrique

Ce mois-ci, nous souhaitons évoquer certains aspects clés que les entreprises minières africaines doivent avoir à l’esprit lorsqu’elles réfléchissent à un partenariat avec des entreprises chinoises pour profiter des opportunités créées par la consolidation gouvernementale du secteur minier chinois.

Un aperçu du secteur minier chinois

Bien que l’Afrique regorge de ressources minières, la Chine détient le titre du plus important secteur minier au monde. Elle est l’un des plus grands producteurs de minéraux comme l’or, le plomb, le charbon, l’étain, le fer et l’argent, et produit plus de 90 % des terres rares au monde.

Paradoxalement, la Chine est aussi le premier consommateur mondial de ces minéraux, et doit souvent en importer pour répondre à la demande. Il semble évident que le succès futur de l’économie chinoise repose sur sa capacité à sécuriser sur le long terme son accès aux ressources minérales.

Consolider le secteur minier

Selon le ministère chinois du Territoire et des Ressources, il existe plus de 100 000 entreprises minières en Chine, dont plus de la moitié sont des petites entreprises. Cette multiplicité de petites entreprises a pour conséquence une production minière inefficace et des risques accrus pour les travailleurs, car les accidents se produisent surtout dans les petites mines, en particulier dans le secteur du charbon. Pour résoudre ces problèmes, le gouvernement chinois a cherché à consolider le secteur minier. Les plus petites entreprises se voient obligées de choisir entre ces différentes options :

• Augmenter la production aux niveaux exigés par le gouvernement. Les entreprises avec un capital suffisant peuvent tout simplement augmenter la production pour entrer dans les critères gouvernementaux. Cependant, les exigences gouvernementales élevées et l’importance des investissements nécessaires font que cette option n’est pas toujours envisageable.

• Collaborer avec des acteurs de plus grande envergure pour atteindre la production requise. C’est la solution privilégiée par la plupart des entreprises. Cependant, la compétition entre les entreprises, leurs divergences culturelles et les fréquents désaccords sur les termes de la coopération font que cette option n’est pas toujours envisageable.

• Sortir du marché. Si les deux premières solutions ne sont pas possibles, les plus petites entreprises se voient contraintes de sortir du marché, soit en fermant, soit en allant dans d’autres pays. C’est une opportunité pour les entreprises africaines, en particulier celles qui cherchent des partenariats.

Une opportunité pour les entreprises africaines

Dans certaines provinces comme le Hebei, des petites entreprises (souvent privées) sont poussées hors du secteur du fer et de l’acier. Certaines de ces entreprises n’ont pas de problème en termes de technologie et de transformation des produits, mais elles n’ont pas une valeur de production suffisante et ont du mal à réduire leur consommation d’énergie et leurs niveaux de pollution. Voici les principaux avantages des entreprises africaines :

1. Opportunité de transfert technologique  – L’opportunité de transfert technologique et d’expertise est réelle. Etant donné l’importance du secteur minier en Chine, les entreprises classifiées comme petites en Chine pourraient être considérées comme de grandes entreprises en Afrique. Les acteurs de faible envergure sont poussés hors du marché, mais où iront-ils ?

2. Opportunité pour des investissements en capital  – Comme les plus petites entreprises sont poussées hors du marché intérieur, elles investiront leur capital dans d’autres secteurs ou se dirigeront vers l’étranger pour trouver d’autres projets.

3. Opportunité pour les exportations  – Comme les plus petites entreprises sortent du marché et que le ralentissement du secteur minier continue, le déficit minéral de la Chine provoquera une augmentation des importations, en particulier de minéraux de haut grade.

4. L’impulsion du « going out »  – Ce ne seront pas seulement les petites entreprises qui se dirigeront vers l’étranger. Avec un secteur de l’acier qui produit au-delà de ses capacités depuis des années et qui fait face à une diminution des subventions gouvernementales, des entreprises de plus grandes envergure cherchent également à sortir de Chine. Sinosteel, l’une des plus grandes entreprises chinoises de fer et d’acier, a ainsi signé un accord de coopération avec le gouvernement kenyan pour développer conjointement une usine d’acier.

Les entreprises africaines ont besoin de partenaires stratégiques

Il serait naïf de croire que toutes les entreprises poussées hors du marché chinois sont des partenaires viables. En réalité, beaucoup ont de réelles difficultés en termes de consommation excessive d’énergie, de nuisances environnementales, de technologies inadaptées et de sécurité au travail insuffisante. C’est pourquoi les entreprises africaines doivent être attentives lorsqu’elles sélectionnent leurs partenaires miniers chinois. Elles doivent comprendre les implications des technologies et processus offerts, en particulier en termes environnementaux. Il faut visiter les zones polluées en Mongolie intérieure pour comprendre que parfois, les meilleures leçons à tirer de l’industrie chinoise est ce qu’il ne faut pas faire.

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Pourquoi la Chine demeure une destination majeure pour l’approvisionnement?

Il y a eu un nombre incalculable d’articles et de livres relatif à la fin du règne de la Chine en tant qu’usine du monde. Il est vrai que l’augmentation des salaires a rendu la Chine moins compétitive dans les industries bas de gamme telles que le textile face à des pays low cost comme le Vietnam, le Cambodge et le Bangladesh. La Chine demeure toutefois l’une des plus importantes sources d’approvisionnement pour les produits de milieu à haut de gamme. Par exemple, les exportations d’équipements lourds de la Chine ont connu un taux de croissance d’environ 30 pourcent dans la dernière décennie. Même si l’industrie bas de gamme diminue, le pays se repose davantage sur une supply chain compétitive que sur le prix du travail. La Chine détient un ensemble de facteurs-clés qui contribuent à ce qu’elle soit un exportateur compétitif même si le paysage économique a évolué. Ils comprennent:

  • Infrastructure de haute qualité (notamment pour les infrastructures liées à l’export): Les transports ferroviaires et les routes de Chine, notamment au niveau des villes côtières, sont parmi les plus développées au monde. Avec un historique d’investissement à double chiffre dans l’infrastructure, les ports Chinois complètent les infrastructures ferroviaires et routières. Shanghai a depuis longtemps surpassé Singapour en tant que port le plus occupé au monde et il faudra du temps pour que des pays puissent rivaliser avec la Chine en terme d’infrastructures (qui continuent à se développer)
  • Augmentation de la force de travail qualifiée: La Chine produit des centaines de milliers d’ingénieurs et de scientifiques diplômés chaque année qui sont ensuite embauchés dans les industries locales. De plus, la Chine détient la plus importante population d’étudiants à l’étranger au monde avec une grande partie qui retourne au pays à la fin de leurs études. Même si l’importance a été donnée à la qualité plutôt qu’à la quantité en terme de diplômés, l’augmentation du niveau d’éducation va développer la compétitivité de la Chine face aux autres destinations low cost
  • Augmentation des dépenses en recherche et développement conduisant à une meilleure capacité d’innovation: Malgré la réputation en contrefaçon, l’innovation en Chine a continué de se développer. A rapport rendu par McKinsey & Company (Greater China) met en avant l’innovation dans des secteurs tels que l’énergie renouvelable, l’électronique grand public, la messagerie instantanée et la technologie mobile. Comme la concurrence interne et externe augmente, la Chine doit également se concentrer sur la réduction des prix, l’adaptation des business modèles et le développement de la supply chain. Cela conduira à l’élimination des entreprises les moins efficaces, tant locales que sur le marché de l’export.
  • Moins de coûts relatifs aux pays industrialisés: Malgré une croissance à deux chiffres dans les salaires et la valeur de la monnaie au cours de la dernière décennie, le salaire minimum en Chine est toujours inférieur à celui des pays industrialisés. L’augmentation des salaires est liée à l’augmentation de la productivité. C’est la raison pour laquelle les pays en concurrence avec la Chine sur les couts bas devront également la concurrencer en augmentant leur productivité et vice versa.
  • Spécialisation, pas uniquement au niveau du secteur, mais également au niveau du produit: La spécialisation de la Chine dans différents produits reste inégalée au monde. Il existe des villes entières dédiées à la fabrication d’un simple produit. Par exemple, Shenyang, une ville au nord-est de la province du Liaoning, s’est forgé une réputation dans son industrie lourde, et notamment dans la fabrication de voiture et de machines légères. Le Delta de la rivière des perles (Pearl River) est connu pour les industries du textiles et de l’électronique, alors que Shenzhen est devenu le centre IT de la Chine. De plus, la gamme de produit disponible dans ces agglomérations est diverse, de bas à haut de gamme, une différenciation qui constitue un facteur de compétitivité.
  • Des politiques pro-exportation: Il est vrai que les autorités chinoises ont décidé d’altérer le modèle de croissance mené par l’exportation pour un modèle tourné vers la consommation locale. Toutefois, la politique « going out » du pays combinée à une augmentation de la saturation du marché local, notamment dans des secteurs liés aux investissements en immobilisations comme dans l’acier, le ciment et l’équipement lourd continue d’avoir un soutien explicite (via des rabais ou des subventions à l’exportation) ou un soutien implicite (obstacles élevés à l’entrée, exigences de licences), notamment au niveau local. Ce soutien continuera à développer la compétitivité de la Chine au moins à court terme.

Un décalage vers l’intérieur : Comme les zones côtières sont devenues chères, des zones telles que Chengdu et Chongqing qui sont éloignées de la côte continuent de bénéficier d’une augmentation des investissements directs de la part à la fois d’entreprises locales et étrangères. Cela ne veut pas dire que le décalage n’est pas sans souci, mais avec le temps il se révèlera plus facile de se déplacer à l’intérieur même de la Chine qu’à l’étranger.

Cet article est paru à l’origine dans le Chinafrica Magazine,Pourquoi la Chine reste-t-elle une destination majeure?